Extrait de « Les Dires du Dragon ». Suivi de l'historique du KDS en France depuis 1963.
Comme certains d'entre vous le savent déjà, lorsque Gichin Funakoshi — ou O'Sensei comme nous l'avons affectueusement appelé par la suite — est arrivé au Japon en 1922, il a tout d'abord enseigné son art à un groupe d'élèves qui furent connus sous le nom de Karate Kenkyu Kai, ou « Groupe d'Étude du Karaté ». Parmi ceux-ci, plusieurs, comme M. Takeshi Shimoda, sont ensuite partis enseigner à leur tour dans des universités où cette activité s'est développée. Parmi ces élèves de la première heure, sept avaient obtenu leur 1er Dan en 1924 ; il semble qu'ensuite chaque université ait élaboré son propre système d'évaluation des grades.
Néanmoins, en 1934, M. Shimoda est soudain décédé d'une pneumonie, et plusieurs universités ont alors demandé que Yoshitaka, le fils de O'Sensei, prenne la place d'instructeur principal — ce qu'il a fini par accepter. À l'époque, aucun groupe ne disposait d'un véritable dojo : ils étaient contraints de louer des maisons ordinaires, dont les propriétaires se plaignaient souvent des nuisances des entraînements. Le père et le fils sont donc vite tombés d'accord sur la nécessité de construire un dojo spécifiquement réservé au karaté, et leurs élèves se sont rassemblés en une association pour superviser les opérations : c'est ainsi que naquit en 1936 la Great Japan Karate-Do Shotokai. Gichin Funakoshi en reçut le titre de Président, Yoshitaka celui de Vice-Président.
Les fonds furent dûment rassemblés et le dojo construit en 1938, l'inauguration officielle ayant lieu en janvier 1939 : il reçut à cette occasion le nom de Great Japan Karate-Do Shotokan.
Un système de grades fut mis en place, avec la 5e Dan comme niveau maximum. Sous la responsabilité de Yoshitaka, de nombreuses nouveautés apparurent dans l'entraînement : le Ten-no-kata, les katas Taikyoku, et aussi le kata de Bo Matsukase. Il ne semble pas que quiconque ait alors reçu de 5e Dan — le grade le plus élevé décerné fut celui de 4e Dan, tandis que les universitaires ne dépassaient jamais la 3e Dan en raison de la brièveté de leurs carrières universitaires.
Parmi ceux qui s'entraînaient, le terme de Shotokai était rarement utilisé : tous parlaient du Shotokan Dojo. Malheureusement, tout ceci s'est achevé en avril 1945, lorsque le dojo fut détruit par un raid aérien, mettant un terme à toutes les activités. La plupart des élèves furent persuadés que tout était terminé.
Cependant, dès 1946, à l'université de Waseda, nombre d'étudiants libérés de leurs obligations militaires manifestèrent le désir de s'entraîner de nouveau. Les Américains avaient fait interdire les arts martiaux, mais à Waseda le professeur Ohama — directeur du groupe de karaté et ami personnel de O'Sensei, comme lui originaire d'Okinawa — décida de relancer l'activité. MM. Hironishi et Kamata (Watanabe) prirent part aux négociations, et l'Office des Sports finit par reconnaître le karaté. D'autres universités suivirent : Keio, Chuo, Sen Shiu, en 1946-1947.
Beaucoup estimaient nécessaire la création d'un organisme coordinateur. Dès 1948, l'université de Waseda tenta d'organiser une fédération universitaire regroupant Shotokan et Wado-Ryu, sans succès. Le 27 mai 1949 fut tout de même créée la Japan Karate Association (JKA). Le groupe Wado-Ryu déclina l'invitation à la rejoindre, et la JKA fut dès lors associée dans les esprits au seul groupe Shotokan. Gichin Funakoshi y reçut le titre de Directeur Technique Suprême — mais pendant tout ce temps, il a conservé l'association Japan Karate-Do Shotokai, à laquelle il demeurait très attaché et qu'il utilisait régulièrement, notamment pour les reconnaissances de grades de ses élèves du privé. On peut le constater sur le propre diplôme de 5e Dan de Maître Harada, signé sous cet intitulé vers la fin des années cinquante.
Un groupe privé, celui de la Tokyo Express Railway Company, voulait un dojo qui lui soit propre : ce fut le Tokyu Dojo, avec Funakoshi en tant que Shihan et Shigeru Egami comme assistant instructeur — puis instructeur en chef à la mort de O'Sensei. Le Tokyu Dojo connut un développement considérable, comptant jusqu'à mille membres, sous l'intitulé Nihon Karate-Do Shotokai. En 1958, la Nihon Karate-Do Shotokai est officiellement devenue une association de karaté, avec Yoshihide Funakoshi en tant que président.
À la mort de O'Sensei, l'organisation des funérailles fut source de conflit : les responsables de la JKA estimaient devoir organiser les cérémonies, mais Yoshihide, fils aîné de O'Sensei et président du Shotokai, refusa — provoquant le mécontentement que l'on connaît. À ce moment-là, le karaté se propageait déjà à l'étranger : Maître Harada se trouvait au Brésil où il avait créé, avec la permission de O'Sensei, la Brasil Karate-Do Shotokan.
Pendant ce temps, le groupe Shotokai s'était développé : Hironishi en devint le président, Egami le directeur technique en chef. C'est à cette époque, alors que Maître Harada se trouvait à Bruxelles au début des années soixante, qu'Egami lui fit savoir que son groupe faisait désormais officiellement partie de la Nihon Karate-Do Shotokai — et c'est pourquoi, en 1966, son groupe en Grande-Bretagne fut enregistré sous l'appellation Karate-Do Shotokai UK.
La vraie révolution du Shotokan est arrivée par Yoshitaka. Il s'agissait d'une question d'éthique et de philosophie, tout autant que d'approche technique. En cela il différait totalement de son père, dont la conception allait beaucoup plus dans le sens d'une éducation physique, alors que lui-même s'orientait vers le caractère martial de cet art. Dans sa recherche, Yoshitaka eut pour partenaires personnels Egami et Okuyama. Maître Harada s'est entraîné personnellement avec ces deux seniors : son propre travail se situe bien dans la ligne de Yoshitaka Sensei, qu'il avait rencontré avant la guerre lorsqu'il a commencé le karaté au Shotokan Dojo.
C'est encore dans cette optique de fidélité que certains anciens ont décidé de faire renaître le Shotokan Dojo : en janvier 1976 fut ouvert à Tokyo le nouveau dojo portant le nom de Shotokan, avec pour premier directeur Egami et M. Jotaro Takagi comme second — l'un des derniers élèves de Yoshitaka.
Malheureusement, le terme de Shotokai recouvre à présent des réalités bien différentes. L'évolution de certains vers le Sogo Budo puis le Shintaido n'a rien à voir avec le karaté de Yoshitaka. De même, nombreux sont ceux qui ont essayé d'exploiter le nom et la réputation d'Egami, jusqu'à prétendre créer une école « Egami Ryu » — des individus qui ne se sont jamais réellement entraînés avec lui. C'est une attitude lamentable et une insulte à la mémoire d'une personne qui n'a jamais voulu avoir une école à lui.
Le nom Shotokai ne fut jamais associé aux universités, et les premières « expériences de compétition » (novembre 1951, à l'occasion de démonstrations universitaires, sur une idée de Tsutomu Ohshima utilisant le système des combats d'escrime) furent uniquement le fruit d'initiatives personnelles au niveau des universités : elles n'ont jamais impliqué le Shotokai en tant que groupe.
« Je considère que la compétition en karaté va dans le sens opposé du progrès technique et de la recherche, pour n'être qu'un spectacle entièrement déconnecté de la réalité et de la vérité que nous visons. Laissons donc à chacun le soin de choisir sa voie. »
Il ne nous reste que notre sincérité en guise de garantie, et dans le domaine du karaté, la meilleure manière de donner du poids à nos paroles est de continuer de nous entraîner avec grande détermination et de donner le meilleur de nous-mêmes : continuer dans la Voie.
L'histoire de notre association est liée à la venue de Maître Harada en Europe, et plus précisément en France, en 1963. Il a tout d'abord enseigné pendant une courte période dans divers dojos, à Paris principalement. À la suite d'épisodes relativement peu glorieux mais caractéristiques des jalousies qui règnent dans le milieu du karaté — relatés dans ses mémoires, « Réminiscences de Maître Mitsusuke Harada » — il a été amené à quitter la France moins d'un an après son arrivée. Après avoir séjourné en Belgique, c'est en Grande-Bretagne qu'il s'est définitivement installé, et c'est de là qu'il a rayonné sur le reste de l'Europe.
Certains karatékas français avaient d'ores et déjà choisi de travailler avec lui et ont maintenu le contact en participant aux stages britanniques, jusqu'au moment où il a eu la possibilité de revenir régulièrement vers la fin des années soixante. Le karaté a alors connu une période d'expansion exceptionnelle, phénomène de mode dans lequel se mêlaient le bon grain et l'ivraie : les perspectives de gains financiers et de promotions personnelles attisèrent les convoitises, tandis que les notions de progrès et de travail passaient au deuxième rang.
Maître Harada fut ainsi contraint de se séparer en France d'un certain nombre d'anciens élèves qui, selon toute évidence, se servaient de lui pour assurer leur propre réussite financière et sociale. En 1972, notre groupe a retrouvé sa sérénité, est reparti sur des bases saines, et s'est développé dans une optique de travail et d'engagement personnel — notre seul souci restant de conserver notre liberté d'entraînement. Cette attitude se trouve d'ailleurs favorisée par le fait qu'aucun de nos instructeurs ne tire de revenus de son enseignement.
Depuis lors, et sans aucune interruption, nous nous sommes régulièrement retrouvés en stage sous le contrôle de Maître Harada afin d'analyser, de remettre en question nos méthodes et d'élaborer une pédagogie basée sur des réalités physiques et physiologiques. Les vrais instructeurs et cadres de notre groupe sont tenus de se recycler régulièrement, de faire preuve de leurs capacités techniques mais aussi pédagogiques, et de suivre l'évolution inévitable d'un enseignement qui ne peut se satisfaire de situations acquises.
La liste des ceintures noires et instructeurs dûment reconnus est régulièrement tenue à jour — une photo prise à la fin d'un stage à côté du Maître n'a jamais été une garantie de quoi que ce soit. Comme toute forme d'art, le karaté est un engagement de longue haleine qui ne tolère ni la cupidité ni la tricherie.
Le Karaté-Do Shotokai France est associé aux autres branches du KDS en Europe et ailleurs. C'est aussi une marque déposée (sigle et logo).