問答
Questions – Réponses

Avant de pousser
la porte du dojo

Le mythe du karaté, le choix d'un club, la méthode de Maître Harada — et le véritable sens du Kiai.

Le mythe du karaté

Si vous n'avez jamais pratiqué le karaté — et même si vous en avez déjà fait — vous pensez peut-être que grâce à l'entraînement vous deviendrez invulnérable, un être supérieur qui, en vieillissant, grandira en sagesse, comme cela nous est souvent représenté dans les films.

Tout cela n'est qu'un mythe : le karaté est un art et non de la magie, et en tant qu'art il combine les notions de création et de technique. Comme dans tous les autres arts, il y a différentes façons de l'aborder, différentes écoles — Shotokan, Wado-Ryu, Shotokai, Shito-Ryu, Goju-Ryu… Elles ne sont que le résultat d'avatars historiques dans une activité qui, en fait, ne fait qu'un. Vous ne deviendrez pas invulnérable : chaque affrontement contient une part de risque et la défaite est toujours possible. Vous vous améliorerez par l'entraînement, et uniquement par celui-ci.

Démonstration de mae-geri en Karaté-Do Shotokai
Le karaté est un art et une technique — pas de la magie

Comment choisir votre club ?

Si vous rêvez de compétitions, de médailles et de récompenses — et c'est votre droit le plus strict — alors ne venez pas chez nous ! Nous n'avons rien contre le concept de compétition en tant que tel, mais dans le cas du karaté, sous sa forme actuellement reconnue, la compétition a anéanti toute possibilité de progrès technique car elle est déconnectée de la réalité.

D'un autre côté, si vous cherchez réellement à étudier tous les aspects du karaté, alors nous avons peut-être quelque chose à vous proposer. Notre approche implique une étude de la biomécanique et des chaînes musculaires, dans leurs relations avec la mobilité et la stabilité, ainsi que d'autres thèmes de travail portant sur la signification réelle de concepts tels que la concentration, la communication, l'énergie et le timing.

Si vous êtes prêts à passer des années à travailler ces différents points, nous serons heureux de vous accueillir.

Que peut vous apporter la méthode de Maître Harada ?

Il appartient à cette lignée de maîtres qui ont refusé de s'enfermer dans des conventions rigides et qui ont préféré une approche dynamique et pragmatique. Ce n'est pas en singeant des attitudes venues d'une autre culture que l'on peut espérer réussir.

Méthodologie

L'entraînement doit évoluer progressivement. L'instructeur doit amener l'élève à comprendre le fonctionnement de son corps et de son esprit — certainement pas en répétant sans fin, comme une machine et avec des hurlements féroces, des gestes que l'on qualifie de « techniques » et que l'on présente comme des réponses magiques à des situations données.

Il faut de la patience et une certaine dose d'introspection, car dans le combat il est nécessaire de pouvoir analyser son adversaire ou partenaire avec la même lucidité que l'on s'analyse soi-même — puis de s'adapter et de s'harmoniser avec ses moindres mouvements. C'est une étude sans fin, mais elle est fascinante.

Travail du centre de gravité en Karaté-Do Shotokai
Patience et introspection — une étude sans fin
Par Maître Mitsusuke Harada

Le concept de Kiai

Maître Harada en démonstration avec un bokuto
Le vrai Kiai n'a rien à voir avec les cris

Les Européens sont très friands d'explications rationnelles, et ils se lamentent souvent devant l'imprécision de certains concepts japonais qu'ils trouvent obscurs. L'un des plus fréquemment cités est celui de Kiai — mais semblable à l'Hydre légendaire de la mythologie grecque, ce terme a de nombreux visages.

À l'époque où je me trouvais au Shotokan Dojo puis à l'université de Waseda, personne ne mentionnait ce mot, et encore moins n'en discutait l'idée. C'est beaucoup plus tard que le monde du karaté s'est pris d'intérêt pour ce terme et l'a paré d'une valeur quasi mythique. Au Japon, un livre commandité par le ministère de l'Éducation nationale sur cinq siècles de kendo ne tente même pas d'expliquer de tels concepts que la Distance, le Kiai et Zenshin — l'esprit immuable.

Il faut d'abord distinguer le Kake-goe — le cri de ralliement. À l'époque de Takeda Shingen, les samouraïs étaient encore des propriétaires terriens : en cas de danger, les combattants se réunissaient sous la bannière d'un chef et annonçaient leur présence sur le champ de bataille par un cri. Mais observez la scène de bataille du Kagemusha de Kurosawa : le commandant en chef est assis sur une colline et reste silencieux. Il y a pourtant une communication évidente avec ses troupes, une sensation bien particulière qui se communique à eux, tant par son attitude physique que mentale. Oui, dans ce cas, nous pouvons dire qu'il s'agit d'une forme de Kiai — et ceci n'a rien à voir avec des cris.

Si nous observons la manière d'agir des vieux maîtres du kendo, il n'est jamais question de cris. Un affrontement peut être une rencontre silencieuse de deux énergies et concentrations puissantes, au cours de laquelle chaque adversaire semble réagir « naturellement » au moindre changement. Réfléchissez à cette image célèbre de la simultanéité de l'apparition de la lune et de son image dans l'eau du lac, souvent citée pour illustrer le concept de Timing. Lorsque j'ai vu Ueshiba en personne, le fondateur de l'aïkido ne laissait rien échapper qui ressemble à un cri — tout au plus une légère vocalisation de sa respiration lorsque son énergie explosait, en harmonie parfaite avec l'action de son adversaire. N'oubliez pas que « Ki » veut dire souffle, et « Ai » signifie harmonie.

De même, Okuyama, qui fut le partenaire de Yoshitaka, n'a jamais crié en aucune manière — et j'ai personnellement fait l'expérience de sa puissance. Comment se fait-il d'ailleurs que les karatékas ne se demandent jamais pourquoi, au judo, on n'enseigne ni n'utilise jamais de cri dans les combats ? Pour les karatékas, la confusion est venue de ces démonstrations publiques où, les coups n'étant pas portés, les cris viennent apporter de la conviction et rendre les techniques plus impressionnantes. Tout est une question d'apparence.

Funakoshi Sensei — et ceci dit avec tout le respect que je dois à sa mémoire — est resté à ce niveau très superficiel : n'ayant pas saisi la véritable nature du Kiai, il a introduit ce besoin de crier à différents moments des katas. À l'opposé, Yoshitaka son fils est allé bien au-delà et s'est concentré sur ce Kiai d'un autre type : le contrôle de la respiration — vocalisée ou non — et la simultanéité ou l'harmonie qu'il implique dans l'action, et qui, parfaitement réussie, peut même arrêter ou déséquilibrer un adversaire. L'action d'Egami — son kiai — impliquait une harmonie parfaite avec l'attaque de son adversaire, qu'il parvenait à contrôler physiquement pour la balayer. Mais Okuyama est allé plus loin encore : son explosion d'énergie vous jetait littéralement à terre.

« Nous sommes alors loin des cris et hurlements utilisés par les karatékas en compétition. Le véritable Kiai est ailleurs — et refaire aujourd'hui l'erreur de le confondre avec eux pourrait avoir des conséquences néfastes. »